La raison du plus faible

de Lucas Belvaux avec Natacha Régnier, Lucas Belvaux, Gilbert Melki
Cher Lucas,
Après ta décoiffante trilogie (Un couple épatant - cavale - Après la vie), on attendait de toi une brillante fable sur les sinistrés de la mondialisation et autres (intellos) précaires.
Mais voilà que tu nous ressers le bon vieux scénario social des années 70 - les pauvres se rebiffent - sans une touche d'originalité ni même une pointe de distanciation. Pire, tu sous-emploies gravement l'une des actrices préférées de cinecritic, je veux parler de la lumineuse et palpitante Natacha Régnier.
Alors évidemment tes héros ont sans doute de bonnes raisons de vouloir braquer leur ancienne usine. C'est ça ou le Picon-bière à perpette... Mais bon, tu sais, l'histoire du braquage foireux, c'est quand même un petit peu cliché. Tu veux qu'on te rafraîchisse la mémoire ? L'ultime razzia du cher stanley Kubrick, plus récemment Ma petite entreprise du toujours vivant Pierre Jolivet, sans parler des films de Ken Loach ou de Mike Leigh, pleins de personnages aussi attachants que socialement défavorisés. Et puis le plan du couple qui se sépare pour une histoire de scooter en panne, c'est pas vraiment crédible.
Donc Lucas, si tu veux être le Ken Loach belge, pourquoi pas, mais essaye au moins d'être un peu original. Les abîmés de la vie t'en seront reconnaissants.
Cinecritiquement tien,
Jean-Michel Le Bail