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cinecritic

Dimanche 5 mars 2006

de Fabienne Godet France, 2005

avec Olivier Gourmet, Dominique Blanc, Marion Cotillard

Le harceleur harcelé

A partir d'un vrai bon sujet - le harcèlement moral - Fabienne Godet, psychologue du travail, nous livre un film tortueux et peu convaincant. Chacun a vécu, un jour ou l'autre, la pression du monde du travail, avec son cortège de vexations, de mise en concurrence, de violence parfois. Autrement dit nous sommes en terrain connu et attendons du cinéaste qu'il identifie les mécanismes quotidiens de l'aliénation professionnelle

Au lieu de quoi nous avons droit à une mise en scène brouillonne, à des portraits qui frôlent le cliché - le patron machiavélique, les collègues de bureau forcément stupides ou lâches, la femme compréhensive, la fille perdue mais généreuse - le pire étant atteint lorsque l'employé se révolte et provoque malencontreusement la mort du harceleur.

On ne sait pas exactement à quoi servent les personnages secondaires - notamment celui joué par Marion Cotillard - et l'on regrette que le talent d'Olivier Gourmet, remarquable dans "Le fils", soit aussi mal employé. Les harcelés que nous sommes méritaient mieux que ce salmigondis psychologisant.

Sur le même sujet, on reverra avec plaisir "Une étrange affaire" de Pierre Granier Deferre ou encore l'excellent "Ressources humaines".

Vos commentaires sur le film et/ou la critique.

Par Jean-Michel Le Bail
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Jeudi 9 mars 2006

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De David Cronenberg

avec Viggo Mortensen, Ed Harris

Le destin nu

Retour à la thématique récurrente de David Cronenberg, la violence, qui d'une certaine manière pour lui comme pour d'autres grands cinéastes est LA question cinématographique. Dis-moi comment je filme la violence, je te dirai quelle est ta famille cinématographique. Vieille querelle entre walshien et fordien. La violence et la masculin, donc, condition de la survie de l'espèce, thème cher aux Américains puisque constitutif de leur fondation.

L'histoire de cet homme qui a tout fait pour reconstruire une vie pacifiée et une identitié nouvelle n'est certes pas nouvelle mais le traitement qu'en fait le cinéaste diversement inspiré d'Existenz ou du Festin nu est époustouflant.

Parfaitement maîtrisé de bout en bout le film bouscule les certitudes morales. La violence du héros renvoie à celle du citoyen. Quelle part de violence gardons-nous en nous  ? Que reste-t-il des guerres passées pour une génération qui n'en a connu aucune ? Quel est la place de la violence dans nos destinées ? Des questionnements qui viennent faire écho à ceux d'Existenz (la violence sublimée des jeux vidéo) ou à ceux de Faux-Semblants / Crash (la violence chirurgicale et automobile).

Chez Cronenberg, le corps ne semble pouvoir naître, exister et jouir que dans un perpétuel fracassement au réel.

Par Jean-Michel Le Bail
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Lundi 10 avril 2006

Film français d'animation de Christian Volckman

L'absence de gris

Sin City fait des émules dans l'animation française et Christian Volckman nous livre une oeuvre d'anticipation (Paris en 2054) fondée sur les technologies les plus sophistiquées (motion capture des acteurs, scènes en 3D...) et un graphisme épuré.

Malheureusement la technologie l'emporte sur le scénario et la forme visuelle qui repose sur un traitement en Noir et Blanc, même si elle nous livre de superbes images architecturées autour d'une vision très "Cités Obscures" d'un Paris rétrofuturiste, s'avère très vite fatigante sur grand écran. On aimerait moins de contraste et moins de manichéisme. L'intrigue ne brille guère par son originalité - la recherche de l'immortalité - et on ne s'attache guère aux personnages trop stéréotypés pour transcender le graphisme.

Dommage, le parti pris esthétisant l'emporte sur la réflexion philosophique qui faisait toute la richesse d'un "Ghost in the Shell" dont l'auteur voudrait sans doute s'inspirer mais qu'il ne parvient pas égaler dans l'équilibre entre la beauté formelle et la profondeur du scénario. Reste un film plaisant à regarder, qui gagnera certainement à être revu en format vidéo.

Par Jean-Michel Le Bail
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Dimanche 23 avril 2006

de Michele Placido avec Anna Mouglalis, Kim Rossi Stuart, 2005

Rome, ville offerte

 

Dans les années 70, une bande de voyous décide de partir à la conquête de Rome en massacrant les parrains locaux afin de mettre la main sur le trafic d'héroïne.

Conçu comme une saga - on pense parfois aux "Affranchis" de Scorcese ou à "Il était une fois en Amérique", le polar chez Michele Placido cherche à dépasser le cadre strict du film de genre pour nous emmener sur le terrain du film de société. Le résultat est assez réussi dans la mesure où les protagonistes sont dès le début ancrés dans une réalité sociale poisseuse, qui les poursuivra jusqu'à la fin du film. Le Libanais semble marqué à jamais par son infirmité, le dandy est constamment renvoyé à sa lâcheté et le Froid ne parvient pas à se libérer de son passé pour s'inventer une vie autre.

Si les caractères sont quelque peu stéréotypés, notamment chez les femmes pour lesquelles le curseur semble devoir osciller entre les extrêmes, la madonne ou la putain, les rapports entre pouvoir, mafia et crime crapuleux sont rendus de façon crédibles, même si les liens avec l'actualité brûlante de l'époque ne sont qu'esquissés (l'attentat de la gare de Bologne ou l'assassinat d'Aldo Moro).

Au final, un film qui renoue avec la verve du cinéma italien des années 70 (genre "Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon") et nous donne à voir, à une époque où les démocraties s'interrogent sur leur poids face à la mondialisation, les effets de la collusion entre pouvoirs politiques et pouvoirs mafieux. Edifiant

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Par Jean-Michel Le Bail
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Samedi 13 mai 2006

film canadien de Jean-Marc Vallée avec Marc-André Grondin

En être ou pas

Le réalisateur canadien Jean-Marc Vallée nous livre pour son troisième long-métrage (à notre connaissance de cinecritic, les autres sont inédits en France). une réflexion sur l'identité et la différence au sein d'une famille traditionnelle. Le père Beaulieu est fier de ces garçons et entend bien leur donner à tous une éducation virile (pas de "fif" (de folle) chez nous). Malheureusement, Zac avant dernier de la lignée semble doté d'une sensibilité particulière et de dons de guérissage. En grandissant, il se rend compte que son attirance pour les garçons est irrépressible et qu'il devra affronter le désamour du père pour pouvoir s'accepter et échapper aux pièges du faux -moi.  Ce dernier ne renonce pourtant pas à remettre son fils dans le droit chemin.

Situé dans les années 70-80 le film baigne dans une atmosphère musicale pas forcément originale (on a droit aux tubes de Pink Floyd, de Bowie des Stones puis de Cure) et s'étire un peu en longueur. On aimerait en savoir davantage sur les autres frères réduits à l'état de stéréotypes(l'intello, le sportif, le joufflu) mais l'histoire se cristallise très vite autour du quadrilatère formé par le père, la mère, Zac et son frère aîné Raymond (interprété par Pierre-Luc Brillant, assez remarquable).

Au final, un film dont le traitement ne brille guère par son originalité mais dont la richesse du propos et de l'interprétation permet de transgresser les maladresses scénaristiques et les effets un peu appuyés (on ne vous dira pas comment finit le disque "collector" préféré du père, cassé puis retrouvé dix ans plus tard dans un bazar de Jérusalem...).

 

Par Jean-Michel Le Bail
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Jeudi 25 mai 2006

de Pedro Almodovar avec Pénélope Cruz, Carmen Maura

Retour de manivelle

Nouvel opus de Pedro Almodovar qui reprend largement les thématiques de ces films récents (Parle avec elle, Tout sur ma mère). Est-ce à dire que le cinéaste de la Movida commencerait à tourner en rond - comme le suggère d'ailleurs l'étymologie du titre. Volver, c'est "revenir" et nous voici à nouveau confronté à la fascination du cinéaste pour la mort, sauf que cette fois, la morte (formidable Carmen Maura) semble plutôt bien vivante. Elle se cache dans les maisons, sous les lits, certes, mais elle pète la forme (dans tous les sens du terme) et semble bien vouloir reprendre sa place dans le gynécée familial.

Et c'est peut-être là que le bât blesse, car à force d'effacer compulsivement toutes les figures masculines de son film, d'accumuler les révélations invraisemblables, il finit par enfermer ses personnages sur eux-mêmes, sur leur souffrance, sans leur laisser la possibilité de sortir du giron.

Alors évidemment, tout se tient, car le film évoque tout autant le retour à la mère que la récurrence des traumatismes originels. Ainsi, la fille de Raimunda tue celui qu'elle croit encore être son père, comme la mère de Raimunda a tué son mari infidèle, qui lui-même a engrossé sa fille...Mais à trop en faire dans le scenario "novela", l'intrigue confine parfois le ridicule et l'interprétation tonique des actrices ne sauve pas tout.

Dans une interview diffusée sur Arte, le cinéaste de "Talons aiguilles" avouait être gagné de plus en plus par la tristesse et la mélancolie. C'est visible dans le film.

 

Par Jean-Michel Le Bail
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Samedi 27 mai 2006

de Michel Hazanavicus avec jean Dujardin, Bérénice Béjo.

Mon nom est Bath

A peine revenu du succès imprévu de Brice de Nice, notre french lover comique reprend du service sous les traits de Hubert Bonisseur de la Bath, espion des services français, d'une maladresse qui n'a d'égal que son inculture notoire.

Le pari risqué d'une reconstitution de l'atmosphère visuelle et sonore (la diction très datée de JD) des films des années 60 est totalement réussi bien que le choix assumé des focales "plates" tende à donner une dimension un peu télévisuelle à certaines scènes.

L'humour décalé, la critique du racisme ambiant, la bonne humeur générale qui se dégage des différents acteurs (mention spéciale à Bérénice Béjo) et le ton bon enfant contribuent à rendre l'objet sympathique même si parfois on aurait aimé un peu plus de folie au niveau des gags.

En tout cas, une bonne occasion de rire ou de sourire, pas si fréquente par les temps qui courent.

Par Jean-Michel Le Bail
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Lundi 5 juin 2006

de Nanni Moretti avec Silvio Orlando

A plus tard crocodile

Un producteur de nanars qui ont eu leur gloire dans les années 70 décide de renoncer à un projet qui l'ennuie (la vie de Christophe Colomb) pour tourner un scénario inspiré de la vie de Silvio Berlusconi.

Malheureusement les obstacles s'accumulent dans sa vie personnelle comme dans sa vie professionnelle et l'on sent pointer à travers lui un certain désenchantement qui semble toucher toute l'Italie. La démocratie et les idéaux sont morts. Reste la télévision et une parodie de système politique où tous les moyens sont bons pour ne pas tomber sous le coup de la justice. Ca ne vous rappelle rien ?

Décidement, l'Italie broie du noir. Nous l'avions déjà ressenti dans Romanzo Criminale, mais chez Moretti, la critique du système disparaît parfois au profit de la chronique des malheurs du quotidien. Le cinéaste qui semble se méfier désormais du cinéma engagé s'égare à trop vouloir suivre les méandres de la vie sentimentale et familiale de son héros. Dommage, on s'attendait à une autre virulence de la part du réalisateur de Palombella Rossa.

Par Jean-Michel Le Bail
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Dimanche 18 juin 2006

Film d'animation de John Lasseter

Mille et une pannes

Chez John Lasseter, fondateur des studios d'animation Pixar rchetés à prix d'or par Disney, chaque film est l'occasion de confronter le technologie d'animation 3D à un monde différent. Alternant le vivant et l'inanimé, nous avons ainsi pu découvrir successivement le monde des insectes (1001 pattes), des jouets (Toy Story) ou des fonds sous-marins (Le monde de Nemo). Il était donc normal que ce fondu de course automobile (Nascar) s'attèle un jour à sa passion favorite.

Nous voici donc au pays des autos, un monde mécanique dont aucun humain ne vient perturber la marche avant. Les voitures sont des entités (tout ce que vous avez toujours voulu savoir sous le capot...) et rien d'autres, un peu comme les toons de Roger Rabbit.

L'intrigue somme toute assez basique reprend le même schéma que "la coccinelle" avec laquelle elle partage visiblement quelques expressions. Comme le scénario, le contenu moral du film est prévisible. Mac Queen est un bolide dont la carrière ascendante est suspendue au choix d'un sponsor crédible (le sien étant carrément ringard). Arrivé par erreur dans une petite ville oubliée que traverse la mythique route 66, il trouvera l'amitié, l'amour et un coach, à défaut d'un sponsor bref le bonheur selon Disney. Et surtout, il ne gagne pas la course à la fin, mais c'est encore mieux. Mais où est passée la causticité de John Lasseter ? Sans doute dans le générique de fin.

Ne manquez pas le film d'animation (L'homme orchestre) qui précède Cars. Un petit bijou de drôlerie, mais ça ne dure que 3 mn.

Par Jean-Michel Le Bail
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Mercredi 5 juillet 2006

film collectif avec Steve Buscemi, Nathalie Portman, Gaspard Ulliel...

Passionnément, à la folie...

Le principe: un réalisateur, un quartier de Paris et cinq minutes top chrono pour filmer une histoire d'amour...S'enchaînent donc fables sociales, mélodrames, comédies burlesques et autres récits filmés : pendant lesquels on rit, on s'emeut, on pleure un peu, mais surtout on découvre des univers nouveaux, et cela 18 fois en une heure et demi..

Ainsi Olivier Schmitz nous livre un court d'une extrème intensité en retraçant les dernières heures d'un SDF dans "Place des fêtes", poignant et touchant à la fois...Les frères Coen, quant à eux, nous font rire, avec les mésaventures d'un touriste texan lambda, victime d'un couple de jeunes français libérés. Steve Buscemi est formidable dans son role de paumé et on se réjouit du stéréotype français version guide touristique américain. Vincenzo Natali reste la surprise de ce film, en transformant un lieu sans forte identité( "le quartier de la madeleine") en un repaire de vampires :il apporte LA  touche fantastique à un ensemble un peu trop réaliste... Notons aussi "tour eiffel" de Sylvain Chomet, qui reprend le mime à la française et "14ème arrondissement" de Alexander Payne, qui peint avec humour le séjour d'une américaine à Paris.

Certains films restent tout de même un peu légers, tel "quartier des enfants rouges", dont le fil directeur demeure inexistant (une actrice débutante consomme du shit dans des fêtes branchés) ou "le Marais" de Gus van sant, qui ne livre qu'un portrait de Gaspard Ulliel en homosexuel parisien, à la fois mystérieux et sexy mais manquant sensiblement de naturel...

Selon cinecritic la palme de la vacuité revient à Gurinder Ghadha pour son "quai de seine", sketche caricatural sur la question du voile, qui s'égare dans des dialogues et des personnages trop stéréotypés...

Par Lubna Le Bail
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