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V. Herpe, intervenant cinéaste
L. Le Bail, étudiante vidéaste
E. Roudmanovitch, enseignante
H. Le Bail, cinéphage
D. Déjardin, enseignant

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Dimanche 11 février 2007
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Film franco-turc de Nuri Bilge Ceylan avec Ebru Ceylan

Le feu sous la glace

Un archéologue réalise que la relation avec son épouse est en train de s'essouffler. Il lui propose une séparation pour quelque temps, ce qu'elle accepte immédiatement. De son côté il décide de renouer avec une ancienne conquête, lorsqu'il apprend que sa femme est partie dans l'est du pays pour un tournage. Il décide alors de la rejoindre...

Le nouvel opus du réalisateur de Uzak continue l'exploration des rapports entre homme et femme. Sa caméra semble avoir le pouvoir de sonder les âmes dans la moindre de leur palpitation. Certaines scènes sont tout simplement bouleversantes, qui font apparaître la difficulté des sexes à communiquer.

On ne sait trop si cette difficulté provient des individus ou de leur culture, même si le film donne certaines indications qui laissent à penser que le cloisonnement de la société turque n'est pas étranger à la situation des protagonistes. Les êtres semblent prisonniers d'une gangue invisible qui les empêche d'exprimer leurs sentiments, un peu comme la neige qui recouvre peu à peu le paysage.

Un véritable chef d'oeuvre à ne manquer sous aucun prétexte.

Critique d'un cinéphage

Enfin du cinéma. 
Trop souvent ces derniers temps (depuis "Mulholland Drive" ?) nous n'avons eu affaire dans les salles noires qu'à des romans filmés que l'on nous vend sous le label "cinéma". C’est récréatif, on y mange du pop-corn sans être gênant, mais bon. 
Or, "Les climats", quel beau titre pour dire le temps qui passe sur les relations amoureuses, nous donne à voir pas à lire, ou alors à lire au sens de traduire, de décoder, d'inférer. Tout ici est histoire de cadre, de hors champ, de composition, d'image donc. Le fait que le cinéaste Nuri Bilge Ceylan soit également photographe n'est sans doute pas étranger à l'affaire. 
Rien ne se donne facilement dans cette œuvre forte mais tout y est limpide, fluide, précis, dessiné. Les comédiens, tous remarquables, sont filmés au plus près, leur peau étant utilisée comme la surface sur laquelle s’écrit et se lit cette histoire d’une déchirure. De la chair et de l’esprit, comme dans cette scène centrale où tout se joue autour d’une cacahuète, qui crée un contrepoint comico-absurde et une profondeur de champ qui dynamise la séquence, où l’on ne sait si l’on est dans l’amour ou dans sa négation, le viol. De la confusion des sentiments en quelque sorte, également illustrée par cette autre scène majeure, où  dans une chambre d’hôtel les deux personnages principaux vont passer une nuit sans rien se dire mais où tout pour eux va basculer : on assiste à une succession de plans très courts donnant à voir des morceaux des deux corps allongés sur le lit et l'on ne sait ce que l'on voit, ni ce qui se joue réellement. De l’abstraction charnelle pourrait-on dire…

Remarquable

 

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic communauté : Accueil et présentation
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Samedi 6 janvier 2007
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film français de Laurent Achard avec Pascal Cervo, Annie Cordy

Maman est folle, on n'y peut rien...

Un petit garçon de 11 ans assiste sans rien dire aux déchirements des membres de sa famille. Sa mère refuse de sortir de la chambre où elle vit cloîtrée, en proie à des accès de délire. Le frère homosexuel et alcoolique n'arrive pas à trouver sa voie d'écrivain. Le père s'enferme dans la passivité.

Ce film, qui a reçu le prix Jean Vigo et le prix de la mise en scène au festival de Locarno, aurait pu être une fable naturaliste, un peu à la manière de Y aura-t-il de la neige après noël de Sandrine Veysset. Hélas c'est un drame qui ne laisse aucune chance à ses personnages, s'enfonçant peu à peu dans la noirceur la plus prévisible. Maman est folle et nous n'y pouvons rien, comme dirait la chanson de William Sheller...

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic
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Samedi 6 janvier 2007
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film d'animation japonais de Satoshi Kon

Spice girl

Un laboratoire a mis au point un casque permettant d'enregistrer les rêves de patients afin de sonder leur inconscient. A peine mise au point, l'invention est volée et l'un des scientifques chargé de sa mise au point disparaît. Des événements étranges, cauchemardesques, commencent à se produire dans la ville. L'alter ego d'une savante, Paprika, mène l'enquête.

Satoshi Kon nous avait habitué à une certaine perfection visuelle - il est le réalisateur de Perfect Blue, seul film sorti en salle avant Paprika. On retrouve avec plaisir des décors extrêmement léchés qui rattrapent une animation perfectible. Si le scénario n'est pas d'une originalité totale - l'irruption du rêve dans la réalité - le traitement visuel tient le spectateur constamment en "éveil". Le film fourmille de trouvailles esthétiques ou humoristiques - la parade monstrueuse des objets de consommation - qui viennent tempérer la noirceur du propos et un certain dogmatisme.

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic
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Mardi 2 janvier 2007
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Film australien de Rolf de Heer

Sexe intentions

Afin de résoudre la tension créée par une situation que le village ne peut plus ignorer, un frère propose à son cadet de lui conter une histoire, le temps que durera la chasse et son initiation. 

A partir d'un thème immémorial - un homme convoite l'épouse de son aîné -  Rolf de Heer nous invite à une balade en terre aborigène, qui prend la forme d'un récit enchâssé, un peu à la manière des mille et une nuits. Si le conte s'avère assez vite être un prétexte à découvrir la culture des Yoingus, le lien entre les deux histoires n'est cependant pas inintéressant, même si le spectateur aurait besoin de mieux comprendre les règles apparemment complexes d'attribution des épouses pour pouvoir saisir pleinement le propos.

Oscillant constamment entre le documentaire ethographique et la fiction, doté de dialogues qui ne manquent pas de saveur, le film trouve progressivement son rythme, notamment dans les scènes poétiques, lorsque les guerriers cherchent à expliquer la disparition de l'épouse ou lors de la danse de mort.

 

 

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic
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Dimanche 31 décembre 2006

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Film américain de Darren Aronofsky avec Hugh Jackman et Rachel Weisz

Nature et découvertes

Annoncé comme un film-événement, voire un film culte, ce troisième opus du réalisateur de Pi et Requiem for a dream doit en rabattre de sa superbe. Après le départ inopiné de Brad Pitt, les producteurs ont eu quelque mal à financer un projet dont le scénario s'avérait plutôt difficile à suivre. Réflexion sur la mort , l'amour, la vie éternelle, tout cela sent furieusement l'ionisateur brumeux en promotion chez "Nature et découvertes" à 45,99 €.

Mais ne tirons pas trop vite sur l'ambulance et regardons-y de plus près. D'abord, Darren a sans doute gagné au change en troquant les cuisses fuselées d'Achille / Brad contre les griffes acérées de Wolverine / Van helsing alias Hugh Jackman, qui vaut sans doute mieux que les rôles de super-héros qu'on lui propose. Ensuite, l'intrigue surchargée parvient tout de même à trouver un rythme de croisière notamment dans sa déclinaison actuelle, les chapitres moyenâgeux et futuristes, étant largement moins convaincants et pour tout dire franchement inutiles. Reste donc le thème central - le refus éperdu de la perte de l'être aimé et la réparation impossible du vivant par la technologie - qui, étrangement, rappelle dans les meilleurs moments (c'est-à-dire les moins esthétisants) Eternal sunshine of the spotless mind. Le réalisateur n'était cependant pas obligé de nous refaire le coup du Smoking / No Smoking, genre si je tourne à droite ma vie sera comme ci, à gauche, elle sera comme ça, procédé légèrement surfait et qui ajoute encore à la confusion du scénario. On n'est pas sûr que tout le monde comprenne très bien la troisième partie (assomption vertigineuse de Hugh en position du lotus vers une galaxie découverte par les mayas !?!). Mais ce n'est pas si grave car le cinéphage n'a pas forcément lu O Sidhaarta.

Un film donc inégal, qui fonctionne un peu trop à l'esbrouffe, mais vaut néanmoins le détour pour la qualité du jeu des interprètes.

http://thefountainmovie.warnerbros.com

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic
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Vendredi 29 décembre 2006
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de Eric Lartigau avec Alain Chabat, Charlotte Gainsbourg, bernadette Lafont

L'impayable fiancée (ou la comédie relâchée)

Les fêtes de fin d'année étant généralement signe de relâchement (alimentaire, intellectuel), pourquoi ne pas essayer une bonne comédie à la française, un peu comme on testerait un poulet de Bresse ou une belle poularde ?

Bon, bien sûr le scénario vous fait immédiatement penser à cette émission débile sur TF1 où un comique lourdaud se faisait passer pour l'incroyable fiancé d'une oie blanche. Qu'à cela ne tienne, pour faire original on n'a qu'à inverser les rôles et les tailles. A la place de Laurent Ournac (qui ça ?), nous aurons le droit à Charlotte G., la fille de son père qui hésite entre comédie et chanson. Au vu de son dernier album, nous conseillons la comédie. Et c'est vrai qu'elle fait tout ce qu'elle peut la Charlotte pour être drôle, mais voilà elle n'y arrive pas. Chabat non plus d'ailleurs, qui y va de son jeu habituel (relâché, justement et à la limite du j'men foutisme distancié) et ne parvient jamais à convaincre dans son rôle de vieux garçon dévirilisé par une armada de soeurs féministes limite chiennes de garde.

Alors que reste-til de ce film aussitôt vu, aussitôt oublié ? La scène SM, ridiculissime...

Nous aussi, on s'est un peu lâché sur le film, désolé.

Bonne année à nos cinéphages.

 

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Dimanche 17 décembre 2006
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Film israélien de Dalia Hager, Vidi Bulu avec Smadar Sayar et Naama Schendar

Ta jeunesse fout le camp...

De jeunes soldates israéliennes fouillent à un check-point des femmes arabes. Soudain, l'une craque, elle refuse de continuer à déshabiller des femmes. La caporale intervient et la jeune récalcitrante est emmenée au mitard. Cette scène inaugurale donne le ton de ce film-portrait qui suit au plus près deux jeunes soldates à peine sorties de l'adolescence et confrontées à l'expérience radicale du service militaire. D'abord confinées à des tâches subalternes (contrôle d'identités) elles ne tarderont pas à faire l'expérience de la violence et devront chercher en elles-mêmes le courage de faire face à une réalité qui les dépasse.

Comment peut-on être jeune à Jérusalem ? C'est une des questions que posent les réalisateurs en filmant au plus près les désirs et les désillusions de leurs héroïnes. Mais d'autres problèmes affleurent: Comment concilier féminité, humanité et code guerrier? Comment résister à l'intolérance et aux fanatismes de tous bords?  Une réussite totale pour un film maîtrisé de bout en bout, illuminé par la présence et la complicité des deux actrices.

http://www.unejeunesse-lefilm.com/

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Dimanche 3 décembre 2006
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film hollandais de Paul Verhoeven avec Carice Van Houten (2h25)

Le hollandais violent

Le retour de Paul Verhoeven six ans après l'échec de L'Homme sans ombre est incontestablement un retour gagnant. En retraçant une période des plus sombres de l'histoire néerlandaise, le réalisateur de Robocop et de Starshiptroopers règle ses comptes avec un pays qui ne l'a jamais reconnu en tant que cinéaste (d'où son exil en terre hollywoodienne). On y retrouve un certain nombre de thèmes qui lui sont chers, et notamment la dénonciation du fachisme et de la violence larvée en chaque individu. Si les nazis ne sont pas tous des bourreaux, les résistants sont loin d'être des anges et on a pas fini de gloser sur l'utilisation de l'argent des juifs par les deux camps...

Mais le film semble également être un parfait contrepoint à la liste de Schindler avec lequel il présente des ressemblances scénaristiques troublantes (relation sexuelle entre une juive et un nazi, création d'un kibboutz avec l'argent spolié). Mais Verhoeven n'est pas Spielberg et intègre avec délectation les éléments de bassesse et de sexualité qui parcourent toute son oeuvre. La violence atteint son paroxysme avec la scène du seau de merde qui renvoie une image par forcément très rutilante de la Libération (femmes tondues, officiers allemands judicieusement passés dans l'autre camp, tribunaux populaires). La trahison finale peut sembler un artfice de mise en scène mais en réalité éclaire tout le film puisqu'ici chacun poursuit sous l'apparence de l'héroîsme un but plus ou moins obscur (pouvoir, richesse, sexualité).

Un film passionnant de bout en bout éclairé par la présence lumineuse de Carice van Houten.

http://www.blackbook-lefilm.com/home.htm

 

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic
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Samedi 18 novembre 2006
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de Larry Charles avec Sacha Baron Cohen

Bratisla boy

Parti de son Kazakhstan natal pour un reportage sur les Etats Unis, nation modèle pour son pays, un journaliste parcourt le pays et commet toutes sortes de gaffes et d'impairs...

Film sensation de cette rentrée, c'est peu dire que l'on attendait Sacha Baron Cohen au tournant.

Hélas, le résultat s'avère plutôt décevant, si l'on considère l'ambition initiale. Pour le meilleur, SBC est capable de détourner un rodéo show ou une émission de télévision local en direct. La bêtise de l'Amérique moyenne est cruellement dénoncée (un armurier accepte de lui vendre un calibre pour "tuer des juifs"). Pour le pire, il se complaît dans des sketches que ne renierait pas Michael Youn (cf. la scène inutile de la brocante ou le combat nu dans la chambre d'hôtel).

On peut reconnaître à l'acteur un certain talent comique et une vraie tendresse pour les personnages en marge (prostituées, homosexuels de la gay pride).  A certains moments, il se rapproche de la causticité et de l'irrévérence d'un Andy Kaufman (Man of the moon) ou du sens de l'à propos d'un Michael Moore. Mais c'est encore un peu court pour faire un film et l'on reste sur sa faim.

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic
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Dimanche 29 octobre 2006
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de Abderrahmane Sissako avec Aissa Maïga, Danny Glover

Effets de manche à Bamako

Dans la cour d'une habitation, un tribunal réunit des représentants de la société civile africaine et des institutionnels de la banque mondiale et du FMI. En parallèle, on assiste à des scènes de la vie quotidienne.

Si les moments misant sur le quotidien des habitants permettent d'alléger quelque peu le propos, le film reste néanmoins extrêmement didactique et frôle parfois la maladresse - cf. la reconstitution inutile d'un "western" avec le véritable Danny Glover.

La charge antimondialisation aurait sans doute gagné à plus de légèreté et surtout davantage de cinéma. Restent quelques scènes touchantes, notamment celles qui tournent autour du personnage de la jeune femme.

 

par Jean-Michel Le Bail publié dans : cinecritic
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